Le département des Deux-Sèvres

Données historiques

 
 

Evènements historiques marquants du département des Deux-Sèvres

Le territoire de l’actuel département des Deux-Sèvres a été occupé par l’homme dès la Préhistoire, comme en témoignent les sépultures sous tumulus de Bougon, datant de l’époque néolithique.

A l’époque de la conquête romaine, le peuple des Pictons est déjà bien installé, sur un territoire correspondant à peu près à la région du Poitou. Le centre le plus important est la place-forte de Limonum, aujourd’hui Poitiers. Un réseau routier se constitue, reliant entre elles les principales villes et des centres locaux, tels que Brioux, Melle, Rom. Il ne subsistent en Deux-Sèvres que de rares vestiges de cette période, contrairement à Saintes ou Poitiers. La photographie aérienne et les fouilles récentes permettent cependant d’attester de l’influence romaine dans la contrée.

A la suite des invasions des peuples germaniques du Vème siècle, les Wisigoths s’établissent en Aquitaine, d’abord comme alliés de l’empire romain. A partir de 475, un royaume indépendant est constitué par Euric, englobant toute l’Aquitaine, dans lequel est inclus le Poitou. En 507, les Wisigoths d’Alaric II sont battus par les Francs de Clovis à Vouillé et l’Aquitaine est intégrée au royaume franc.

Après la victoire de Charles Martel face aux Arabes en 732 à Poitiers, le Poitou, qui faisait toujours partie du duché d’Aquitaine, est mêlé aux luttes qui opposent les ducs aux rois carolingiens. Ce pays forme un comté, divisé en pagi (pays), dont les plus anciennement connus sont ceux de Brioux, Thouars ou Tiffauge. La période carolingienne est marquée en Deux-Sèvres par la prospérité des mines d’argent de Melle, où il existe un atelier monétaire important, dont l’existence, d’après les travaux de recherche en cours, pourrait même remonter à la fin de l’ère mérovingienne.

Sous les Carolingiens, la foi chrétienne se développe en Poitou. Dès le IVème siècle, saint Hilaire, évêque de Poitiers, a joué un grand rôle d’évangélisateur et de nombreuses églises de la région sont placées sous son vocable (Melle). Au Vème siècle, Agapit et son disciple Maixent fondent l’abbaye qui prendra le nom de Saint-Maixent. De même, Saint Jouin s’établit à Ension, qui deviendra Saint-Jouin-de-Marnes.

Au IXème siècle, la proximité du littoral expose la région aux incursions normandes. Les Normands ravagent Melle en 848, Saint-Maixent ainsi que la région de Niort. Ces exactions sont en outre favorisées par la déliquescence du pouvoir royal.
 Au Xème siècle, se met en place le cadre féodal qui va encadrer la vie de la région pendant une grande partie du Moyen-Age. En 935, à la mort de son père, Guillaume Tête d’Etoupe reprend de fait le titre de duc d’Aquitaine. Son fils, puis son petit-fils, Guillaume le Grand, lui succèdent, renforçant leur pouvoir dans la région. Les ducs d’Aquitaine, comtes de Poitou, exercent leur autorité sur cette vaste principauté jusqu’à la mort de Guillaume X le Toulousain en 1137. Ce dernier laisse son duché à sa fille Aliénor, épouse du roi de France puis d’Henri de Plantagenêt, roi d’Angleterre. 

Plusieurs autres principautés se constituent aussi durant le haut Moyen-Age, dont celles des vicomtes de Thouars, de Melle, des seigneurs de Parthenay ou de Bressuire. Parallèlement, la vie religieuse se développe, avec la fondation de nouvelles abbayes : l’Absie, Airvault, Celles, Mauléon, Saint-Laon de Thouars, les Châtelliers... Elles contribuent au relèvement du pays et sont aussi à l’origine de la conquête de nouvelles terres sur les marais et du développement économique de la région. En outre, les seigneurs poitevins participent aux croisades. Ce fut notamment le cas des vicomtes de Thouars, dont l’un, Herbert, mourut à Jaffa en 1101.

Les XIème et XIIème siècles voient l’éclosion d’une brillante civilisation, caractérisée par l’essor de l’art roman (Melle, Parthenay-Le-Vieux...), puis du gothique angevin (Saint-Jouin de Marnes), et par la formation d’une littérature courtoise dont Savary de Mauléon sera l’un des meilleurs représentants.

Cette période de prospérité prend fin à la mort de Guillaume X d’Aquitaine en 1137. Le duché d’Aquitaine revient à sa fille Aliénor et fait donc partie du royaume de France, jusqu’à son divorce d’avec Louis VII en 1152. Aliénor épouse alors Henri II Plantagenêt et l’Aquitaine est incorporée au domaine des rois d’Angleterre. Une série d’affrontements a lieu entre les barons poitevins, souvent alliés aux Capétiens, et les Plantagenêts. Philippe Auguste finit par envahir le Poitou en 1204, Niort tombe en 1205 et Jean sans Terre doit renoncer à la plupart de ses terres en Poitou. Après de nouvelles offensives, les négociations aboutissent au traité de Paris, en 1259, par lequel Henri III Plantagenêt renonce au Poitou et au nord de la Saintonge.

Le frère de Louis IX, Alphonse, avait reçu cette principauté en apanage et en rétablit la prospérité. Niort devient une place commerciale importante, dont les foires sont très fréquentées et qui obtient le statut de port franc en 1285. A la mort d’Alphonse de Poitiers en 1271, le Poitou est définitivement rattaché au domaine royal. Parallèlement, en 1317, l’organisation religieuse du Poitou est modifiée par la création de l’évêché de Maillezais: une partie des paroisses situées dans le sud-ouest de l’actuel département fait désormais partie de cette nouvelle entité.

Au XIVème, le Poitou subit les désastres de la guerre de Cent ans. Après la défaite de Poitiers en 1356, le traité de Brétigny (1360) incorpore le Poitou à une grande Aquitaine anglaise reconstituée. Les Anglais imposent de lourdes charges aux populations et les conflits reprennent entre seigneurs poitevins et Anglais. Le connétable Du Guesclin est chargé par le roi de France d’entreprendre la reconquête du Poitou. Il prend Bressuire en 1371, écrase les Anglais à Chizé en 1373 et s’empare de Niort. Le duc de Berry, frère du roi de France, est chargé de l’administration de la province en 1369 et en favorise le redressement économique, notamment par l’établissement d’un nouveau port à Niort en 1377, mais les troubles reprennent dès le début du XVème siècle.
 La période est marquée par les ravages des brigands, les luttes entre les grands seigneurs féodaux et la révolte de la Praguerie en 1440 (plusieurs seigneurs de la région fomentent un complot contre le roi, en accord avec le dauphin Louis). L’ordre est rétabli à la fin du XVème siècle, après l’échec de la révolte menée entre autres par le seigneur de Parthenay en 1488 et la victoire des troupes royales, commandées par Louis de la Trémoïlle, vicomte de Thouars, à Saint-Aubin-du-Cormier.

L’ordre rétabli, l’administration royale s’implante solidement en Poitou. Poitiers est le siège d’une généralité, divisée en 8 élections (dont celles de Niort, Thouars et Saint-Maixent, la région de Parthenay dépendant de celle de Poitiers). L’ancien comté est devenu une province, faisant partie du ressort du Parlement de Paris. Si quelques paroisses appartenaient aux diocèses de Maillezais ou de Saintes, l’essentiel du territoire de l’actuel département faisait partie du diocèse de Poitiers.

L’art de la Renaissance se développe en Poitou et la littérature est notamment représentée par Jacques du Fouilloux, auteur d’un traité de vénerie, Agrippa d’Aubigné, ou le poète Jacques Yver. Trois grandes familles dominantes s’illustrent aussi dans l’histoire de France: la famille La Trémoïlle, possédant la vicomté de Thouars, la famille Gouffier, tenant les seigneuries d’Oiron et Saint-Loup, la famille des ducs de La Porte La Meilleraye. Ces familles introduisent en Poitou l’art et le mode de vie de la Cour royale et font construire les somptueuses demeures d’Oiron ou de La Meilleraye.

Cependant, la région est très fortement marquée par les ravages des guerres de religion. Le calvinisme est apparu très tôt dans les régions de Niort, Saint-Maixent et Melle. Les premiers troubles naissent dès 1562 par une attaque des huguenots contre Thouars et Saint-Maixent. Ils se multiplient, souvent sous l’impulsion des seigneurs locaux, et ne cessent pas jusqu’à la promulgation de l’édit de Nantes en 1598. Parallèlement, les communautés protestantes s’organisent et tiennent leurs premiers synodes (1584 à Exoudun, 1596, colloque des églises du Poitou central à Mougon). L’édit de Nantes, faisant de Niort une place de sûreté, n’apporte qu’une trêve et les troubles reprennent dès la mort d’Henri IV pour s’accentuer après le siège de La Rochelle en 1628. Les persécutions administratives se font de plus en plus lourdes : fermeture des collèges, prohibition du culte, démolition de temples... A partir de 1668, débutent les dragonnades dans la région de Niort, jusqu’à la révocation en 1685, qui contraint de nombreux protestants à quitter le pays. Le culte est désormais célébré clandestinement, au désert, jusqu’à l’Edit de Tolérance de 1787.

Sous l’Ancien régime, la vie économique est marquée par les travaux réalisés dans le Marais Poitevin, à l’instigation d’Henri IV, qui fait venir de Hollande Humphrey Bradley. L’entreprise est poursuivie au XVIIème siècle par Pierre Siette et ce sont finalement plus de 6000 hectares qui sont asséchés. L’agriculture tient une place essentielle, avec des disparités importantes selon les régions, la plaine de Niort étant plus riche et plus prospère que la Gâtine. Ateliers et manufactures se développent aussi. La peausserie et la tannerie sont importantes à Niort jusqu’à la fin du XVIIème siècle mais cette activité est ensuite très touchée par la révocation de l’Edit de Nantes et le départ de nombreux protestants. L’industrie des étoffes existe dans toute la région, sous la forme de petits ateliers. Peuvent être citées aussi les activités de minoterie dans la région de la Mothe-Saint-Héray, celle de clouterie ou de papeterie à Niort.
 La ville de Niort est aussi le lieu d’une foire importante, qui attire des marchands d’autres régions de France. La navigation sur la Sèvre joue un rôle essentiel pour le développement de ces relations commerciales, d’autant qu’il y a peu de grandes routes royales qui traversent le pays de l’actuel département: route de Paris à La Rochelle, route de Bordeaux à Nantes, route de Poitiers à Nantes. Certaines paroisses du Bocage ou de la Gâtine restent donc très isolées.
 La Révolution et l’Empire marquent profondément l’histoire du département, créé en 1790. L’Assemblée constituante décide dans un premier temps de diviser la province de Poitou en deux départements, le Haut Poitou, avec pour chef-lieu  Poitiers, et le Bas-Poitou,  avec pour chef-lieu Fontenay.
 Mais, suite aux interventions des Niortais et, en particulier de Charles Filleau, député du Tiers-Etat, le décret du 15 janvier 1790 divise la province en trois départements, dont un département intermédiaire du Poitou, qui prend pour nom département des Deux-Sèvres le 4 mars 1790. A titre provisoire, le chef-lieu est établi à Niort, ville la plus importante mais excentrée; avant de passer alternativement à Parthenay et Saint-Maixent. Parthenay semble mieux située et est désignée comme ville chef-lieu par décision du 9 août 1790 mais les Niortais protestent et le chef-lieu est définitivement établi à Niort le 16 septembre 1790.
 Le département ainsi constitué ne présente aucune unité territoriale. Le nord se rattache au bocage vendéen, le nord-est aux plaines du Loudunais, tandis que la Gâtine, au centre, forme une région repliée sur elle-même. Dans le sud, les plaines du Niortais et du Mellois s’apparentent plus à l’Aunis ou à la Saintonge. Ces disparités ont en outre été accentuées par les troubles des guerres de Vendée et la Chouannerie. Dès 1791 en effet, le département est divisé par l’action contre-révolutionnaire des prêtres réfractaires et des nobles. Si le sud reste fidèle à la République, les habitants du bocage se soulèvent contre le régime, révolte renforcée par les divergences d’intérêts économiques entre les différents « pays ».
 Les premiers troubles importants ont lieu à Châtillon-sur-Sèvre dès 1792, auxquels succède l’insurrection générale de mars 1793. La Rochejacquelein et Lescure organisent une armée, prennent Bressuire et Thouars et participent aux opérations de l’armée catholique et royale, dont la défaite, après l’échec de l’expédition au nord de la Loire, ne met pas fin aux hostilités. Vient alors une véritable guerre de partisans, auxquels s’opposent les « colonnes infernales», pratiquant la tactique de la terre brûlée. La région est alors complètement dévastée.

C’est Claude Dupin, Préfet des Deux-Sèvres de 1800 à 1813, qui va prendre en charge la pacification du territoire et le relèvement économique de la région, tout en établissant dans son département les bases de l’administration publique. La dissidence religieuse subsiste malgré tout, avec l’apparition de la Petite Eglise, dans le nord-ouest du département, née du refus du Concordat de 1801. Il convient en outre de souligner que le département des Deux-Sèvres n’a pas de siège d’évêché sur son territoire mais fait partie du diocèse de Poitiers.
 Au cours du XIXème siècle, les Deux-Sèvres connaissent une période de calme sur le plan politique. Les insurrections royalistes de 1815 et 1832, la conspiration libérale du général Berton en 1822 ne soulèvent que peu d’échos, de même que les mouvements révolutionnaires de 1830, 1848 ou 1870. L’opinion publique, fortement conservatrice et modérée, reste avant tout fidèle au gouvernement en place. Le régime républicain est accepté sans difficulté, même si le bocage reste souvent royaliste.

D’un point de vue économique, les Deux-Sèvres sont restées une terre agricole plus qu’industrielle et l’élevage s’y est bien développé. La création des voies ferrées et l’amélioration du réseau routier ont contribué à l’essor du commerce et de foires comme celles de Parthenay, à la fin du XIXème siècle, ainsi qu’au développement de quelques industries (sucrerie à Melle, industrie agro-alimentaire, ganterie, construction automobile à Niort ou dans le nord du département).

A la fin du XIXème siècle, apparaît l’esprit coopératif, appliqué en premier lieu à la production laitière et à ses succédanés (première laiterie coopérative créée en Charente-inférieure à Chaillé en 1888). Elles se développent autour de Surgères, puis de Mauzé. Celle de Beauvoir est fondée en 1889.

Du fait de sa position géographique, le département est resté protégé des grands désastres de la première guerre mondiale, même si la population a connu de fortes pertes. Lors de la seconde guerre mondiale, la présence allemande a été fortement ressentie, donnant lieu à l’organisation de réseaux de résistance. Le nord du département a en outre été très touché par les bombardements alliés, en particulier la région de Cerizay.

Depuis 1945, la vie économique du département reste dominée par l’agriculture et le secteur tertiaire. La production agricole a considérablement augmenté, en dépit de l’exode rural et l’élevage joue un rôle prépondérant, notamment dans les activités agro-alimentaires et commerciales. Les activités industrielles, en revanche, sont peu nombreuses: établissements Heuliez à Cerizay, Etablissements Rougier à Niort, industrie chimique à Melle... Les activités traditionnelles, telles que la chamoiserie disparaissent totalement.

En revanche, la région de Niort a connu un très grand essor du secteur tertiaire, grâce aux mutuelles d’assurances professionnelles. Edmond Proust, fondateur de la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (MAIF) a joué un rôle essentiel. Cet instituteur, militant syndicaliste, a créé en 1934 cette mutuelle dont il est resté président directeur général jusqu’à sa mort en 1956. Fondée à l’origine pour garantir contre les risques découlant de l’utilisation d’une automobile, la MAIF a su élargir son champ d’activité. Son succès immédiat a eu pour effet la création d’autres mutuelles professionnelles, surtout à partir des années 1950, et a permis à Niort de devenir la capitale des mutuelles en France.