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Départ du préfet Pierre LAMBERT

 
Départ du préfet Pierre LAMBERT

Discours prononcé par le préfet aux élus, personnalités et acteurs locaux du département à l'occasion de son départ, le jeudi 23 octobre 2014.

 De la rue Du Guesclin, nous voici donc mon épouse et moi en partance sur les terres de ce noble breton, qui est né près de Dinan, est devenu connétable de France et de Castille et dont on dit qu’il avait « la peau noire comme un sanglier », « les épaules démesurément larges », « les bras longs », une « grosse tête ronde et ingrate » et « qu’il était « l’enfant le plus laid qu’il y eût de Rennes à Dinan ».

Voilà pour le décor qui pourrait nous attendre dans les Côtes d’Armor (en espérant que la génétique des Bretons  aura été bonifiée depuis la période de Du Guesclin.. ..).

Le contraste nous paraitra vite évident, dans cette terre de granit, bordée par 350 km de côtes rocheuses, peuplée de 600 000 habitants sur 370 communes.

Loin de la plaine niortaise et du marais poitevin si bien décrits par Ernest Pérochon au début de son roman « les gardiennes » : « plaine qui s’étend monotone, à perte de vue ; au contraire, les lignes de peupliers du marais bornent l’horizon tout aussi bien qu’une haute muraille ».

Plus en amont des résurgences du massif armoricains, ces fameux « chirons », désormais classés, que l’on trouve en gâtine et dans le bocage.

Mon nouvel horizon de préfet sera donc la mer, avec ses enjeux économiques autour de la pêche ; enjeux environnementaux, avec l’émergence des énergies marines, et l’un des  cinq projets nationaux d’éoliennes off shore ; mais aussi enjeux de l’économie agricole, avec la filière porcine qui emploie en Côtes d’Armor plus de 5 000 personnes.

Les enjeux de l’Etat seront aussi, comme en Deux-Sèvres, de faire progresser l’intercommunalité, de concilier l’agriculture intensive et la protection de l’environnement, de soutenir la compétitivité des entreprises et leur savoir-faire, de lutter contre la progression continue du chômage de longue durée et la précarité, de relancer la construction et le BTPBâtiment et travaux publics, de soutenir l’artisanat, d’agir pour plus de sécurité routière, moins de délinquance d’appropriation (en particulier de cambriolages) ou de violences intrafamiliales.

La poursuite de ces enjeux a mobilisé en Deux-Sèvres, pendant mes 2 ans et demi de fonction, le corps préfectoral et l’ensemble des services de l’Etat que je remercie pour leur engagement total en faveur de l’intérêt général et de nos concitoyens. Mais aussi les élus, les entreprises et leurs représentants, les associations, le monde agricole, les partenaires sociaux auprès desquels je n’ai cessé de m’adresser par des visites nombreuses et une écoute de terrain. C’est ma conception d’un Etat proche et respectueux de ses interlocuteurs.

Le bilan pourrait se résumer ainsi :

une centaine de visites et d’inaugurations communales ou intercommunales (j’en laisse donc à mon successeur… ) ; autant de visites d’entreprises, d’exploitations agricoles, de mutuelles, de commerces de proximité, de réunions associatives ou de salons thématiques (habitat, métiers de bouche, foires expositions…), tous de grande qualité.

La qualité est une valeur profonde des Deux-Sèvres, de même que le savoir-faire et l’innovation.

J’ai voulu reconnaitre l’excellence Deux-Sévrienne au printemps 2013 en accueillant en préfecture des artisans des métiers d’art et des maitres artisans sous l’auspice de M. Jean-Michel BANLIER, en présentant l’exposition de la CCIChambres de commerce et d'industrie sur le « made in 79 » chères à Philippe DUTRUC, les productions agricoles de qualité présentées par la chambre d’agriculture et leurs présidents successifs, MM. ROUVREAU et RENAUDEAU.

L’excellence prévaut aussi en matière environnementale dans le département des Deux-Sèvres, avec une gestion économe de l’eau, le label retrouvé du parc du marais poitevin, un engagement salutaire pour la biodiversité, une capacité à innover et à produire à lui seul le 1/3 des énergies renouvelables en région Poitou-Charentes, qu’il s’agisse d’éoliennes, d’énergie solaire ou de méthanisation.

J’ai beaucoup appris à votre contact en Deux-Sèvres. Cela me servira grandement dans mes nouvelles fonctions pour ce qui concerne l’économie agricole, les ressources environnementales, l’innovation industrielle et sociale.

Comme je l’avais exprimé lors de ma prise de poste, j’ai souhaité allier cohésion sociale et cohésion territoriale dans la conduite de l’action de l’Etat.

Sur le volet social, il en a découlé une implication forte en faveur de l’emploi (avec le lancement réussi des emplois d’avenir et du contrat de génération), en faveur de l’éducation (avec la mise en œuvre effective et rapide des nouveaux rythmes scolaires), en faveur aussi de la politique de la ville (avec la réalisation intégrale, dans les délais prévus, de la rénovation urbaine au Clou Bouchet et à la Tour Chabot-Gavacherie, qui a transformé l’image de ces quartiers sociaux de Niort).

Sur le volet territorial, après une longue phase d’écoute à l’été 2012, mon engagement fut la mise en œuvre du schéma départemental de coopération intercommunale qui avait été voté en CDCI en décembre 2011. Je rends hommage à la disponibilité de ses membres et à la concertation qui a prévalu lors des nombreuses réunions que j’ai présidées. Au final, le nombre d’EPCI a été divisé par deux (passant de 25 à 13) ; de même pour le nombre de syndicats d’eau, dont certains n’étaient plus en mesure de respecter les obligations sanitaires qui conditionnent le respect de la santé humaine.

Plusieurs dossiers structurants ont, par ailleurs, progressé durant mon passage Deux-Sèvres : la réalisation de la ligne LGV, le lancement de Niort Terminal, la maison du risque de CALYXIS, l’installation d’un comité de suivi pour la réalisation du plateau technique de l’hôpital Nord Deux-Sèvres, l’inauguration de la 2 fois 2 voies Cholet-Bressuire.

Tous projets indispensables au développement territorial des Deux-Sèvres, aux entreprises du département, aux besoins de ses habitants.

Dans les domaines de la cohésion sociale et de la cohésion territoriale, nous avons progressé ensemble, et je vous en sais gré.

Car je retiendrai de mes fonctions en Deux-Sèvres, la conviction que l’Etat y est respecté, que sa parole y est écoutée, et que ses initiatives sont soutenues et accompagnées par des élus et des acteurs locaux  républicains et solidaires. Terre fondatrice des mutuelles, du protestantisme au sud et du catholicisme social au nord, rassemblés dans le respect de la laïcité et des valeurs de la République.

Je rends hommage à un département profondément légaliste, où les valeurs du mutualisme et de la coopération forgent une identité solidaire, encrée dans la conscience sociale et morale de ses habitants.

Je souhaite qu’il en soit de même ailleurs en France, toujours à l’ouest, mais plus au nord…

Ce fut un honneur et un plaisir pour moi d’avoir des interlocuteurs respectueux et à l’écoute des messages de l’Etat que je me devais de porter.

Je ne doute pas qu’il en sera de même pour mon successeur, auquel je passe le témoin, car tel est le sens de la continuité de l’Etat local, dans cette course contre le temps qui caractérise la fonction préfectorale. La mutation intervient comme un couperet. Le Préfet se doit d’être à la discrétion du Gouvernement.

Je me félicite des excellentes relations que j’ai pu nouer avec le président du Conseil Général, et ses services ; avec les présidents successifs de la CAN et des maires de la Ville de Niort ainsi que de leurs directeurs, des conseillers généraux, des présidents de la communauté d’agglomération du Bocage Bressuirais et des communautés de communes élargies.

Je souligne, de même, Monsieur le président du Conseil Régional, la qualité des relations entretenues avec l’exécutif régional et (bien sur) la précédente présidente de Région à laquelle je rends hommage tout particulièrement, ce soir, dans ses fonctions de ministre de l’écologie, qui me conduiront certainement à la revoir sur les côtes de Bretagne.

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Avant de conclure, je voudrais remercier aussi tous ceux d’entre vous qui portent si haut le devoir de mémoire envers les combattants, résistants, déportés qui ont défendu la Liberté. Je vous remercie de votre présence aux commémorations patriotiques, ainsi que pour votre participation active aux nombreuses manifestations que j’ai organisées dans le cadre du centenaire de la guerre de 14-18, et du 70ème anniversaire des années 1943 et 1944. Je remercie aussi tout particulièrement le directeur de l’ONAC ainsi que les généraux successifs, commandant l’ENSOA, et le délégué militaire départemental pour la présence constante des troupes de cette institution école militaire aux monuments aux morts.

A l’occasion de l’inauguration le 24 mai 1920 à Chef-Boutonne, du premier monument élevé dans les Deux-Sèvres aux morts de la Grande Guerre, le préfet Emile BULOZ disait :

 « une mission sacrée demeure à accomplir, réparer les ruines, refaire de la vie…, reconstituer partout les forces essentielles de la Nation »…

 « A l’exemple de leur aînés, il faut que les générations futures se préparent à servir passionnément la France et à pratiquer ces deux grands devoirs que sont l’espoir et la force de notre démocratie républicaine : le travail et la solidarité ». C’était en 1920 et cela demeure d’un enjeu très actuel pour notre société : travail et solidarité ».

Je vous invite un siècle après, à continuer de vous unir et à combattre en faveur de l’emploi, contre la précarité sociale, pour la solidarité territoriale et contre toute forme d’intolérance, de racisme et de xénophobie.

L’Etat républicain, à vos côtés, y concourt au quotidien et vous convie, selon les termes du premier discours de René HUDELEY aux habitants des Deux-Sèvres le 6 septembre 1944, « à coopérer à la grande tâche que nous avons à réaliser ensemble. Tout ne sera certainement pas fait en un jour, mais tout sera fait chaque jour ».

Nous ne nous quittons pas véritablement, mon épouse et moi, puisque nous conservons des attaches sur le littoral atlantique, nous serons heureux de vous revoir.  Nous avons passé deux années très agréables à vos côtés, nous vous en sommes très reconnaissants.

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Permettez-moi donc de vous dire « Kenavo » ce qui signifie en breton « au revoir »,  à condition que vous ayez l’intention de revoir un jour, celui qui s’en va. Je citerai en ce sens pour conclure, l’auteur compositeur Jean Baptiste BOTREL, auteur de la « Paimpolaise ».

« kénavo, Kénavo, puisque mon grand bateau doit m’emporter bientôt,  dans un dernier sanglot, quittons nous, sur ce mot, kénavo ».

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Avant de prendre le verre de l’amitié, un mot supplémentaire à destination d’amis sportifs présents ce soir, en forme de clin d’œil.

Je vais avoir comme directeur de cabinet dans les Côtes d’Armor le codétenteur de France du record du 200 mètres (20 secondes et 16 centièmes) obtenu le 3 septembre 1987 par Gilles Quénéhervé, aux championnats du monde à Rome où il finit second.

Il a fait une reconversion réussie dans la carrière préfectorale, après un passage par l’ENAÉcole nationale d'administration en 2010.

Dois-je considérer qu’à mon tour, un jour, je ferai une reconversion réussie dans le sport de haut niveau, quand l’heure viendra pour moi de quitter le service de l’Etat… ?